ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR, ROMUALD BEUGNON

1) Votre premier film est aussi le dernier de Jean-Pierre Cassel et de Jean- Claude Brialy. C’est à la fois émouvant de les voir dans leur dernier rôle à l’écran et intéressant de rappeler qu’ils étaient toujours prêts à faire confiance à de jeunes réalisateurs. Pouvez-vous nous parler d’eux?

Jean-Pierre Cassel et Jean Claude Brialy étaient tous deux des gentlemen. Quand Jean-Pierre Cassel a reçu le scénario, il a tout de suite demandé à me rencontrer. Evidemment, en arrivant chez lui, j’étais assez impressionné, mais il a su très vite me mettre à l’aise par sa courtoisie et sa gentillesse. Le lendemain, il m’a téléphoné : il avait vu BÉA, mon court-métrage et tenait à me féliciter.
Jean-Pierre était très concentré sur le tournage. Il restait souvent silencieux entre les prises, mais dès qu’on installait un nouveau plan, il se levait pour répéter des pas de claquettes. Il a essayé de m’apprendre quelque pas mais je ne suis pas très doué ! Les rares jours de tournage où Jean-Pierre n’était pas avec nous, il jouait son spectacle « Jean-Pierre Cassel chante et danse Gainsbourg ».
Jean-Claude Brialy m’a également fait confiance sans hésiter. Nous nous sommes rencontrer chez lui, dans son bureau des Bouffes Parisiens. Nous avons discuté du scénario, du personnage, de ma vision du film, et de bien d’autres choses. Au bout d’un moment, je lui ai quand même posé la question qui me brûlait les lèvres : voulait-il, oui ou non, jouer dans le film ? Il a ri, puis m’a expliqué que s’il m’avait fait venir, c’est qu’il avait de toute façon prévu d’accepter le rôle. Il avait commencé sa carrière en faisant confiance à de jeunes réalisateurs inconnus comme Claude Chabrol, et il n’avait aucune intention de s’arrêter en si bon chemin !
Jean-Claude avait une idée très précise de l’allure du personnage, de sa façon de parler, de son costume. Seul point de désaccord avec moi : la cravate. Jean-Claude ne voulait pas, à l’écran comme à la ville, porter autre chose qu’une longue écharpe en soie. J’ai finalement réussi à le convaincre. D’ailleurs, un soir où il ne tournait pas avec nous, je l’ai vu à la télévision avec une cravate qui lui allait très bien.
A la fin de chaque prise, Jean-Claude se tournait vers moi et me demandait « Ça a été monsieur le réalisateur ? ». Il y avait dans cette question rituelle un mélange de respect et d’ironie qui m’amusait énormement.

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